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5 bis rue de Verneuil, havre de création de Serge Gainsbourg

écrit par Virginie Paillard le lundi 26 avril 2021

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5 bis rue de Verneuil, havre de création de Serge Gainsbourg

 

Le 2 mars dernier, Charlotte Gainsbourg a annoncé la transformation de la maison de son père en musée qui ouvrira  à l’automne prochain. L’occasion pour nous de revenir pour une visite guidée sur cette adresse mythique, témoin de nombreuses créations musicales et refuge de Serge Gainsbourg. 

 

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« Voilà, c’est chez moi. Je ne sais pas ce que c’est : un sitting-room, une salle de musique, un bordel, un musée… ». Tels étaient les mots du maître en 1979 sur la maison dont il avait fait l’acquisition une dizaine d’années auparavant. À l’origine, ce lieu devait abriter ses amours illicites avec Brigitte Bardot. À l’été 1966, il repère un hôtel particulier en vente dans le 7ᵉ arrondissement de Paris, sur cette Rive Gauche qu’il affectionne tant. 

Il fait visiter la maison à Bardot entre deux sessions d’enregistrement de leur unique album commun, Bonnie and Clyde. Finalement, la belle blonde n’habitera jamais cet endroit, effrayée face à la pression mise par son Gunter Sachs, son mari jaloux.  Serge s’y consolera seul et y fera le deuil de cet amour fou, notamment en installant une photo grandeur nature de la star.



Il entreprend alors la décoration de sa première maison. Il a une idée précise de l’intérieur qu’il désire : une laque noire sur les murs et au plafond, identique à celle de l’appartement de Salvador Dali où il vécut pendant quelques semaines dans les années 1950. Le tout sera rehaussé d’un carrelage et des portes d’un blanc immaculé. Il chine à droite et à gauche des objets parfois incongrus pour servir de décor. 

Jane Birkin le rejoint vers 1968, avec sa fille Kate. La maison de célibataire se transforme un peu pour accueillir une enfant, encore plus dès 1971 avec la naissance de Charlotte. Serge fait certes quelques concessions, mais il ne supporte pas le désordre. Au fur et à mesure des années, il a fait l’acquisition de dizaines de bibelots plus ou moins précieux : une collection impressionnante d’insignes de polices ; une lettre de Chopin ; et bien sûr le manuscrit de la partition originale de la Marseillaise, achetée aux enchères en 1981. D’autres objets sont plus personnels : des photos de Jane ou Charlotte, des marionnettes à son effigie ou encore l’autographe de l’actrice Pier Angeli (petite amie de James Dean) : "J’adore l’Eau à la Bouche, ça me donne l’eau à la bouche".

 



Lettre de Chopin



 



Autographe de Pier Angeli


 

Dès que Serge trouve la place qui convient à un objet, il ne le bouge plus. Ainsi, les disques d’or sont posés contre le mur, jamais accrochés, il trouve cela vulgaire. Contrairement aux articles de presse dont il a fait les gros titres en raison de scandales ou de problèmes de santé et qu’il affiche fièrement sur les murs. La table basse est sans cesse encombrée d’un échiquier et de nombreux bibelots.

L’une des pièces les plus impressionnantes du salon reste la statue de l’Homme à la Tête de Chou de Claude Lalanne, achetée en 1976 et qui deviendra le point de départ de l’album éponyme. Avec l’écorché en papier mâché d’Honoré Fragonnard, ces œuvres à taille humaine sont les plus intimidantes, voire inconfortables de la collection de Gainsbourg.
 

 

Même si la salle de séjour est la partie la plus importante de la maison, les autres pièces sont tout aussi surprenantes : la salle de bain avec son lustre démesuré, elle aussi encombré d’un désordre cette fois-ci moins organisé, puisqu’il s’agit de celui de Jane Birkin. Des dizaines de flacons de parfums s’étalent sur le lavabo que Serge ne bougera jamais. Même des années après leur séparation, il n’y touchera pas, sans doute dans l’espoir qu’elle revienne. La présence de Birkin est aussi remarquable dans la chambre dite aux poupées, où y figure sa collection, parmi d’autres jouets anciens. Ces pièces, tout comme la bibliothèque et la chambre des maîtres sont aussi sombres que le rez-de-chaussée. Gainsbourg préférait la lumière artificielle, il masquait donc les fenêtres par des stores noirs. 

 

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Mais l’élément le plus célèbre, et surtout le plus accessible au grand public, est la façade. Depuis toujours, ou presque, les fans ont pris l’habitude d’y écrire un mot, y griffonner un dessin ou y recopier des paroles de chansons. Pour Serge, c’est son « livre d’or ». Il regarde régulièrement quels graffitis ont été ajoutés et il est ravi de les lire. Encore aujourd’hui, même trente ans après sa mort, pas une semaine ne passe sans que la façade ne change. Œuvre évolutive, collective et intemporelle, la façade du 5 bis rue de Verneuil montre bien que la mémoire du grand Serge Gainsbourg est à jamais ancrée dans le cœur de tous les Français. 

 

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La façade le 21/04/21










 

écrit le lundi 26 avril 2021 par

Virginie Paillard

Rédactrice pour Janis, nouveau média 100% musique lancé par LiveTonight

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