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Quel Hit : Gimme Shelter des Rolling Stones !

écrit par Julian Debiais le vendredi 16 juillet 2021

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Quel Hit : Gimme Shelter des Rolling Stones !

 

Large avenue à l’américaine, un vent léger vient caresser les cheveux laissés à l’air libre, au volant d’une grosse décapotable, le soleil ne peut venir vous déranger grâce aux larges lunettes de soleil noires qui viennent parfaitement épouser votre nez. Donc au volant de cette bagnole, le tonnerre gronde, mais ce n’est pas celui que vous pensez. C’est le Gimme Shelter des Rolling Stones. Un cocktail orgasmique pour les yeux et les oreilles.

Titre imaginé et composé par Keith Richards, il fait l’ouverture d’un des albums les plus mythiques de l’histoire du rock and roll : Let It Bleed, sorti en 1969. Il est le huitième album du groupe anglais qui tente de conquérir les charts Américains. Gimme Shelter ouvre et annonce la couleur de l’album. À la fois révolutionnaire, piochant dans les inspirations blues des stones, l’album reste dans la ligne directe de son prédécesseur : Beggars Banquet. Les stones sont sur une bonne lancée. C’est le deuxième album de ce que l’on a appelé le carré d’or des Rolling stones avec quatre sorties consécutives qui ont marqué l’histoire du groupe et qui ont et resteront surement les années les plus créatrices du groupe. Quatre albums sont sortis entre 1968 et 1972 : Beggars Banquet, Let it Bleed, Sticky Fingers et enfin Exile On Main Street. Quatre chefs-d’œuvre du groupe qui ouvre une nouvelle voie au rock and roll. 

 

Avant la sortie du Beggars Banquet, la guerre entre les Rolling stones et les Beatles fait rage. Les sorties consécutives d’albums similaires sont d’autant plus troublantes que marketing. Mais c’est en 1968 que les deux groupes prennent des directions diamétralement opposées. Les stones sortent Beggars Banquet et rentre dans l’ode à Satan et à la littérature plus mystiques. Les Beatles sortent leur White Album et entre dans une période plus psychédélique. 

Mais la sortie de Let It Bleed est d’autant plus marquante que son histoire est troublante et sombre. L’enregistrement dure près d’un an. Il débute le 16 novembre 1968 et finira le 2 novembre 1968. Durant cette année, de nombreux malheurs arrivent aux membres du groupe. Mick Jagger rentre dans une période plus sérieuse d’addiction a la drogue, Brian Jones et sa vague plus psychédélique se fait remplacer au pied levé par Mick Taylor. Cette décision va le plonger plus fort encore dans la drogue, ce qui entrainera sa mort le 3 juillet dans sa piscine. Le groupe est alors particulièrement affecté par la mort de son ancien guitariste et organise le fameux concert à Hyde Park qui a réunis des milliers de personnes. 

Le 5 décembre marque la sortie mondiale de l’album. Afin de couvrir les dépenses faramineuses de l’album, un concert est organisé le 6 décembre à Altamont. Ce concert qui devait être une forme de Woodstock dans l’ouest américain se transforme en cauchemar pour le groupe. Un de leur fan se fait poignarder par un Hell’s Angels alors présent afin d’assurer la sécurité du groupe. 

Mais revenons plutôt à la chanson qui marque l’ouverture d’un album qui enracinera la figure du duo Richards Jagger et qui donnera la couleur blues que le groupe revendique jusqu’à aujourd’hui. Le thème de la chanson est trouvé par Richards alors qu’il traverse un gigantesque orage au beau milieu de Londres. “It was just a terrible fucking day, life, this incredible storm over London. So I got into that mode – looking at all these people… running like hell.” Et c’est là que l’idée lui vint : "Oh, a storm is threatening, my very life today. If I don’t get some shelter, oh yeah, I’m gonna fade away…"

Les premières notes de guitare couplées à la voix douce de Merry Clayton, annonce un futur radieux, doux et léger. Le soleil se lève doucement et ses rayons viennent doucement sécher la rosée du matin quand tout à coup l’orage gronde et le riff de Keith Richards vient alourdir ces temps idylliques. La guitare puis la basse et enfin la voix de Jagger donnent une puissance au morceau et dénote toute cette rage naissante dans l’imaginaire du groupe. Comment faire pour ne pas parler de l’harmonica qui vient s’ajouter au milieu du morceau. Un harmonica si particulier à Mick Jagger qui s’imagine blues man dans le sud des États-Unis. Ces sonorités font office d’hommage au blues si chère au cœur de ces messieurs. 

Les sonorités blues sont toutes particulières étant donné que la chanson arrive dans un contexte de protestation contre la guerre du Vietnam. Écoutée par les soldats en plein milieu de la jungle, elle leur offre un goût du pays et leur donne une force, celle de résister contre une guerre jugée inutile.

Véritable hymne pour toute une jeunesse, une jeunesse qui n’a pas d’âge, pas de profession, pas de nationalité, Gimme Shelter traverse le temps et offre un message fédérateur. Elle transporte une culture, et elle n’a pas de public visé. Le message : tout le monde peut écouter les stones. Qu’on soit marginal, enrôlé dans l’armée pour une guerre sans but précis. Qu’on soit allongé dans un canapé à planer seul dans une chambre en regardant les pales du ventilateur tourner, ou encore dans une large décapotable rouge, cheveux aux vents et lunette de soleil, on est instantanément rallié.

Ce titre est tout autant important qu’il témoigne de la rage qui dévore les entrailles, elle décrit la sensation d’une génération frustrée qui veut du changement. Ce changement, le rock l’apporte. Alors on veut se défouler sur scène et gesticuler dans tous les sens comme Jagger, on veut sortir cette énergie. La révolte est en marche et elle chante les stones. 

Dans un contexte de révolte à travers le monde, la chanson a un écho particulier et elle résonne avec la violence, elle ne cherche pas de paix, non au contraire, elle veut la dévoiler, la montrer, s’en abreuver et il faut que ça saigne…

écrit le vendredi 16 juillet 2021 par

Julian Debiais

Rédacteur pour Janis, nouveau média 100% musique lancé par LiveTonight

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