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Supertramp, Crime of the Century : un disque au son inimitable

écrit par Lucas Sicaud le jeudi 25 novembre 2021

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Supertramp, Crime of the Century : un disque au son inimitable

 

Après des débuts compliqués et 2 premiers albums qui aboutiront à des échecs commerciaux, le groupe britannique mené par Rodger Hodgson et Rick Davies sort en 1974 l'album Crime Of The Century. En huit titres et 44 minutes, la formation mêle rock et pop avec une touche de jazz, un disque qui pourra rappeler à certains le rock progressif des Pink Floyd. Cet album permettra à Supertramp de trouver le son qui sera le sien, et marquera le début de leur succès. 
 

Nombreux sont ceux à penser que le meilleur disque de Supertramp est Breakfast in America, mais je ne partage pas cet avis. L’album Crime of the Century est le premier disque du groupe qui lui fera connaître le succès, avec Rodger Hodgson et Rick Davies à la compo et au chant (respectivement guitariste et claviériste du groupe) Dougie Thomson à la basse, Bob Siebenberg à la batterie et John Helliwell aux saxophones et à la clarinette. Cet album était totalement novateur pour l'époque, avec ses envolées de pianos et ses sublimes solos de saxophone, le groupe a créé un disque qui se veut grave et entrainant à la fois. Les textes, sombres et profonds, sont portés par des mélodies planantes, parfois percutantes et c'est avec cette base que seront composés les albums suivants, avec plus ou moins de réussite.

Et que dire de cette splendide pochette, des mains accrochées aux barreaux d'une prison, le nom du groupe qui se dessine comme une constellation, le tout perdu au milieu de l'espace. L'aliénation et la folie sont représentés, le disque est résumé en une image. 

Comme pour les Pink Floyd avec Dark Side of the Moon, le groupe avait bien compris l'idée que les pochettes d'albums représentant les membres d'un groupe était dépassée, et qu'une illustration était plus adaptée afin que le public puisse se l'approprier.

Pour certains, ce disque raconte l'histoire de Rudy, (qui est un des titres de cet album) un jeune homme qui erre sans but dans sa vie. Mais dans les faits, ce n'est pas un concept album dans le sens où toutes les chansons ne racontent pas une seule et même histoire. Elles partagent tout de même les mêmes thématiques : la démence, la folie, la dépression...


De gauche à droite : Bob Siebenberg, John Helliwell, Dougie Thomson, Rodger Hodgson, Rick Davies

 

Face A : 

School :  


L’album s'ouvre avec un premier chef-d'œuvre, la chanson qui donnera le ton de l'album. Quelques années avant The Wall de Pink Floyd, le groupe s'en prenait déjà à l'école et à son formatage. Laissant de côté le classique "couplet/refrain", le groupe nous donne l'impression d'une montée en puissance. C'est avec un harmonica façon Pour une poignée de dollar d'Ennio Morricone que la chanson débute, la guitare et la clarinette nous emmène ensuite progressivement vers un fabuleux solo de piano. 

 

  

Bloody Well Right :  


Mon titre préféré de l'album pour l'alchimie parfaite qu'il y a entre tous les musiciens. Il commence par une intro hallucinante sur un Wurlitzer (clavier électrique) jouée par Rick Davies. Ici, la guitare de Rodger Hodgson, teintée au début de pédale wah wah, le sax aérien de John Helliwell et le clavier de Sieur Davies se marient à la perfection. Et que dire de cette conclusion où le saxophone répond aux voix des deux chanteurs, bref un titre au groove incomparable.

 

  

Hide in your Shell  : 

 

Celle ci n'est pas forcément un coup de cœur, mais même si sa durée est de 7 minutes, cela n'en reste pas moins 7 minutes de pur bonheur. C'est une chanson qui traite de la solitude et du repli sur soi, les paroles sont torturées, mais la mélodie est plus sereine et assez calme tout du long. Le clavier Wurlitzer est de retour accompagné d'un orgue, rejoint ensuite par le saxophone, on peut même y entendre une scie musicale jouée par un musicien de rue, crédité sur l'album comme "Anonymous street musician".

 

  

Asylum :


Pour finir cette face A de l'album, on continue avec une intro toute douce au piano portée par la voix de Rick Davies. L'histoire d'un homme prisonnier de sa folie, la mélodie est simple, mais c'est toute l'orchestration autour qui en fait une chanson magnifique. Elle se termine sur un cri de démence, qui nous donne furieusement envie d’écouter la suite.

 

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Face B : 

Dreamer :


La deuxième partie de cet album s'ouvre avec le "hit" qui fera connaitre le groupe. Le piano rebondissant de Rodger Hodson et sa voix haute perchée propulseront cette chanson en haut des ventes, plus légère en termes de textes et seulement 3 minutes au compteur (contrairement aux autres plus progressives et plus longues) elle était destinée à devenir un tube sur les ondes FM. 

 

 

Rudy


Encore une intro exceptionnelle et toujours ce piano rebondissant mais plus tragiquement sur Rudy. Un homme mal dans sa peau qui s'empresse de prendre un train pour « nulle part ». À mi-chemin, changement de rythme, on peut entendre des bruits de gare, puis tout s'accélère, la guitare de Hodson monte en puissance comme pour nous signifier que le train file à pleine vitesse.

 

  

If Everyone was Listening : 


Avant de finir ce disque en beauté, on y trouve une mélodie au ton grave au piano et à la clarinette. Une salle de spectacle, des comédiens qui font vivre leur pièce et la tiennent à bout de bras, le texte est une métaphore sur leurs débuts dans le monde de la musique, mais aujourd'hui, avec le réchauffement climatique, les paroles ont une signification bien différente de l'époque : 

"If Everyone was Listening, you know
There'd be a chance that we could save the show"

 

 

  Crime of the Century : 

 

Et puis il y a la chanson éponyme, chef-d'œuvre signée Rick Davies. De quel crime s’agit-il ? On ne le saura pas vraiment. Mais encore une fois, c'est la partie instrumentale qui est incroyable, on commence par une ballade au piano comme Supertramp en a le secret, rejoint par quelques notes tragiques de guitare. Vient ensuite la batterie, plus lourde, qui accentue l'ambiance pesante de la chanson, pour finir avec le saxophone et un orchestre à cordes qui donne un rendu déchirant à cette chanson. Et à la toute fin, on peut y entendre subtilement les premières notes d'harmonica de School, première chanson de l'album, la boucle est bouclée.

Cet album est le fruit de deux imaginaires bien différents, celui des deux leaders, Rick Davies et Rodger Hodgson, tous deux avec une sensibilité qui leur est propre. Malgré quelques tensions entre eux, chacun apporte sa pierre à cet édifice qui fait de cet album un monument de l'histoire de la musique. Parmi les vidéos que je vous ai mises, certaines sont issues du live à Paris en 1979, si vous avez apprécié, je vous conseille fortement d'aller y jeter un coup d'œil ! En attendant, une fois ce disque fini, il ne reste plus qu'une seule chose à faire, le remettre tellement c'est bon !

écrit le jeudi 25 novembre 2021 par

Lucas Sicaud

Rédacteur pour Janis, nouveau média 100% musique lancé par LiveTonight

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mis à jour le jeudi 25 novembre 2021

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