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The Rolling Stones : Voyage au bout de l’exil

écrit par Milan Laffilé le jeudi 12 mai 2022

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The Rolling Stones : Voyage au bout de l’exil

 

On ne présente plus les Stones, groupe mythique des 60's toujours sur scène à l’aube de leur 80 ans. Ce 12 mai sera les 50 ans d’un de leurs meilleurs albums (si ça ne l’est), celui d’Exile on Main Street. 

 

The Rolling Stones : Voyage au bout de l’exil

Chef-d'œuvre absolu, leur unique double album studio, son histoire le transforme en mythe. Enregistré dans les sous sols d’une villa dégradée, ne comportant aucun hit, Exile sera pourtant considéré comme étant l’apogée des Rolling Stones. Un jeune photographe nommé Dominique Tarlé immortalise les sessions d’enregistrements de l’album. Censé rester qu’un après-midi à la villa, il y passera 6 mois. 

Re-contextualisons : en 1971, les stones sont au sommet de leur art. Ils ont quasiment 10 ans de carrière, sont l’un des groupes les plus populaires et la pochette de leur dernier album en date, Sticky Fingers, a été créé par Andy Warhols lui-même. Mais ils sont fauchés. Difficile à croire, mais ils n’ont pas un rond. 

La raison ? Leur manager de l’époque, Allen Klein. En effet, les Stones se sont fait escroquer et doivent un paquet de fric au fisc britannique… Ils décident alors de fuir au printemps en France, plus particulièrement sur la côte d’Azur, Keith Richards ayant loué une villa au bord de la Méditerranée, à Villefranche-sur-Mer. Ils devront cependant partir la même année, car le guitariste y sera interdit de séjour pendant 2 ans pour possession d’héroïne. 

Dès le mois d’avril, la somptueuse villa nommée Nellcôte, se transforme en un véritable palais de la décadence mêlant familles, amis, dealeurs, parasites et groupies. Durant neuf mois, Villefranche-sur-Mer est le centre du monde Rock. 

The Rolling Stones : Voyage au bout de l’exil

La villa voit défiler Eric Clapton, John Lennon, Ringo Starr, Paul McCartney et tant d’autres étoiles… Nathalie Delon, présente pendant quelques mois, aura une aventure avec Bobby Keys, le saxophoniste des Stones. 

Des soirées qui n’en finissent pas, les repets du groupe qui commencent à 22 h pour finir à 4 h du mat : vous imaginez le bordel que cela crée pour un petit village si tranquille. C'est 30 à 50 personnes qui cohabitent tous les jours au sein de Nellcote. Le mariage de Mick Jagger et Bianca à San Tropez le 12 mai 1971 n'arrange pas les choses. C’est tout un défilé de célébrité rivalisant avec les plus grands festivals officiels qui se côtoient à la villa. 

D’ailleurs, la dépendance du guitariste à l'héroïne fait de cet endroit une plaque tournante de la drogue. Plus d’une fois au réveil, Keith voit des groupes de personnes qu’il ne connaît pas mais il s’en fout, pour lui seule la musique compte. Cette naïveté lui coûtera des guitares, il s’en est fait voler pas moins de 9.

The Rolling Stones : Voyage au bout de l’exil

Vous l’aurez compris, le titre de l’album fait référence au fait qu’ils sont comme en exil (fiscal), étant partis pour la France. Si les critiques adulent aujourd’hui Exile, elles furent beaucoup plus mitigées lors de sa sortie. Contrairement aux albums précédents il n’y a pas vraiment de tubes comme Gimme Shelter ou Brown Sugar

C’est ce qui fait la beauté de cet album qui est avant tout basé sur un rock libre, animé d’une énergie diabolique, qu’on croirait tout droit sorti du delta du Mississippi. C’est ainsi qu’on peut percevoir une émotion différente lors de son écoute. Les Stones jouent avec leurs tripes, vont chercher l’inspiration jusqu’au plus profond d’eux même, donnant des frissons à la peau. 

On a la sensation que les musiciens jouent avec une telle alchimie et dégage une si grande intensité, qu’Exile on Main Street représente à la fois le sommet et l’essence même du groupe. Mais les conditions d'enregistrements sont terribles. À défaut de trouver un studio adéquat dans les environs, les Stones décident d'enregistrer dans l’immense sous-sol de la villa en utilisant le studio mobile que le groupe avait apporté d’Angleterre dans un camion. Mais les caves sont humides, insalubres et il fait constamment une chaleur épouvantable, surtout en période estivale. 

Keith Richards, qui dort en moyenne 1 jour sur 3 (son record perso est de 9 jours sans dormir) s’effondre entre deux prises, Mick Jagger ne se pointe pas alors qu’on l’attend…  Mais on sent que l'atmosphère suffocante du sous sol miteux s’est frayé un chemin jusque dans les sillons de l’album. 

Keith Richards l’explique très bien : "C'était vraiment funky comme endroit, il y avait de la moisissure de partout (...) Mais quand tout a été enregistré, on savait qu’on tenait quelque chose. C’était organique. On s’était habitué aux bizarreries du studio et on avait utilisé toutes ses excentricités en notre faveur. » 

The Rolling Stones : Voyage au bout de l’exil
The Rolling Stones : Voyage au bout de l’exil

Tout s’est réalisé à l'instinct et c’est peut-être ce qui donne à l’album cet aspect unique, dégageant une aura magique. Les magnétos tournent tous les soirs, ce qui donne des heures continues d'enregistrements plus ou moins aboutis. Mais les musiciens kiffent : ils se lâchent et jouent quand ils le veulent. Keith Richards part souvent se faire un fix d'héroïne dans les toilettes et revient 1 h après avec un nouveau riff… 

La créativité est là, l’énergie aussi et qu’importe les conditions d’enregistrement. D'ailleurs, un très bon documentaire s'intitulant Stones in Exile retrace la route de l’album. Exile est donc un album “live”, incroyablement vivant, dénué d’effets, de trucages. Le morceau Happy, chanté par le guitariste, en est le parfait exemple : il a été créé et enregistré en moins de 4 heures… Mais parfois un son pouvait prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines, c’est ce qui s’est passé par exemple avec Tumbling dice.

C’est d’ailleurs pendant cette période que le guitariste développe l’open g à la guitare, qui deviendra sa marque de fabrique. Même s'il commençait déjà à l'utiliser pour quelques morceaux, c’est vraiment au commencement d’Exile qu’il développe sa technique avec cet accordage. Plus de la moitié des morceaux du double album sont en open g. Écoutez All down the line, Rocks off, Ventilator Blues ou encore Casino Boogie : ça vous donnera un aperçu. 

Mais attention, il n’ y a pas que l’open g qui fait la beauté de cet album. L’influence américaine est omniprésente et de nombreux styles s’y ajoutent. Il y a évidemment le blues comme le magnifique Stop Breaking down, reprise du bluesman Robert Johnson (qui ouvrira d’ailleurs la porte au tristement célèbre club des 27) ou Shake your Hips, reprise de Slim Harpo. Le gospel/soul s’entend également sur Let it Loose ou I just want to see his face. 

Mais il y a aussi une grande influence country qui peut s’entendre notamment grâce à la contribution du musicien Gram Parsons. Très ami avec Keith Richards, il a largement participé à l’écriture de différents morceaux country du groupe, comme le superbe Wild Horses ou Dead flowers

Sur l’album Exile, on peut noter son influence sur Sweet Virginia, Torn and Frayed ou le déjanté Turd on the Run. Malheureusement, il décédera d’une overdose d'héroïne un an plus tard, en 1973.

The Rolling Stones : Voyage au bout de l’exil

Enfin, quelques titres de l’album ont déjà été composés quelque temps auparavant comme le flamboyant Loving cup ou le joyau Shine a light. Ce dernier titre est un clin d'œil à Brian Jones, qui était encore présent dans le groupe au début de l'enregistrement. La chanson parle de ses excès d'alcools et de drogues, des parasites qui tournaient autour de lui, le détruisant à petit feu…  

Les stones entameront une tournée américaine l’année suivante, qui coïncidera parfaitement avec la sortie de l’album. Intitulé “Ladies and Gentleman”, les concerts délivrés seront autant connus pour leur qualité exceptionnelle que par l’ambiance orgique des coulisses, sorte de prolongement des délires de la Villa Nellcote. 

Exil marque un tournant dans la carrière du groupe car les deux leaders, appelés les “Glimmers Twins”, s’opposeront dans la réalisation de cet album. Tandis que Keith Richards veut privilégier une musique brute, instinctive, Mick Jagger veut quelque chose de plus sophistiqué, travailler dans un studio normal. 

C’est pourquoi l’album a été réalisé en deux temps : le premier à Nellcote puis dans un studio d’enregistrement à Los Angeles où sont opérés les mixages de l’album. 

Mick Jagger n’aime pas beaucoup Exile. Il estime qu’il comporte peu de chansons individuellement bonnes, à l’instar de Beggar’s Banquet ou Let it Bleed. Keith Richards est bien plus élogieux, jugeant que c’est ce qu’ils ont surement fait de mieux et que la mauvaise qualité sonore de ce disque préfigure d’une certaine façon le grunge !

The Rolling Stones : Voyage au bout de l’exil

À partir de ce moment-là, Les Glimmers Twins qui auparavant étaient inséparables prendront deux chemins différents : celui de la jetset pour le chanteur et celui de la défonce pour le guitariste. 

Ce dernier s'enfoncera de plus en plus jusqu’en 1977 où il se fera choper à Toronto avec pas moins de 22 g d'héroïnes sur lui… 

Il risque la prison et donc la fin des Rolling Stones. Après un gros procès judiciaire, il sera finalement acquitté et acceptera de se débarrasser de cette drogue pour de bon… Qu’il remplacera par d’autres… mais bon, c’est Mister Keith.

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Exile on main street.

écrit le jeudi 12 mai 2022 par

Milan Laffilé

Rédacteur pour Janis, nouveau média 100% musique lancé par LiveTonight

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mis à jour le jeudi 12 mai 2022

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