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Scorpions : Le métal derrière le mur de fer

écrit par Thomas Hassinger le mercredi 25 mai 2022

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Scorpions : Le métal derrière le mur de fer


L’URSS (son gouvernement) n’a jamais été très fan du rock et de son univers. C'est pour cette raison qu’il y a quelques histoires assez folles à ce propos. À l’époque où Staline était encore au pouvoir, la vie en URSS était compliquée. Le pays n’était qu’un grand territoire froid où régnait la crainte et où les restrictions et règles étaient presque plus nombreuses que les habitants. Toutes les formes d’art sont fermement censurées par le dictateur. La dance, les livres, le théâtre et donc la musique (certains rythmes étaient bannis, c’est pour vous dire le niveau de censure.). Joseph Staline envoie ses hommes chercher les musiciens de jazz ou de rock afin de les envoyer dans des camps de travail ou des prisons, car ces musiques n’étaient pas d’origine russe et étaient considérées comme « musique de  l’ennemi » (Les États-Unis). Les seuls artistes dotés du droit d’écrire leurs propres musiques devaient faire partie de l’union soviétique des compositeurs. Staline meurt en 1953, les règles diminuent à vue d’œil. Vers le milieu des années 1980, le marché noir du rock en URSS est une grande vague qui rase tout sur son passage, le gouvernement va donc faire tomber les restrictions sur le rock et va accepter des concerts dont une série d’une dizaine de concerts donné par Scorpions à Moscou. Notre grand rock critic Philippe Manœuvre et certains collègues vont les accompagner dans cet étrange périple. 

Scorpions : Le métal derrière le mur de fer

Nos journalistes français se retrouvent à l’aéroport d'Orly pour le décollage. Il y a donc Phillipe Manœuvre, Florence Tredez de Elle, Marie Prycko qui travaille pour l’émission «Taratata», Philippe Blanchet de chez Rock&Folk, Yves Bigot pour Libération et Georges Lang de RTL. Tout ce beau monde embarque dans l’avion, direction Moscou. Ils sont remplis de questions. L’autorité là-bas c’est comment ? Les drogues, ils en pensent quoi ? Car oui, à l'époque, même dans le journalisme, les drogues ça y allait. Une fois arrivés, nos journalistes français apprennent que les dix concerts qui auraient dû initialement être joués à Moscou seront finalement joués à Leningrad (actuel Saint-Pétersbourg). Cette info montre que le gouvernement accepte certes le rock, mais n’a pas fini de faire chier ceux qui l’aiment.

Nos envoyés sur le terrain, une fois arrivés, décident de visiter la ville en passant par des bars et des tabacs, car selon eux, c’est un bon moyen de voir comment les gens vivent de l’autre côté du mur de fer. Une fois leur petite vadrouille terminée, ils entament la route vers leur hôtel. Arrivés en face du bâtiment, les journalistes le décrivent comme un immense bloc de verre et de béton. L’équipe de Scorpions explique que l’hôtel a été choisi par le gouvernement et les prévient de la grandeur de l'hôtel, allant même à leur dire qu’il y a 10 minutes de trajet à pied entre la chambre et l’ascenseur. Les chambres sont très modestes, équipées d’un lit une place en métal. Les murs sont très fins et tous les ébats des chambres voisines sont perceptibles. Un peu gênant.

Le lendemain matin, toute l’équipe ainsi que le groupe d’Allemands métalleux sont au petit dej. Tout le monde boit son premier café d’une traite, histoire d’avoir sa dose de caféine. Le deuxième café en revanche est là pour être dégusté. Mais grande surprise, après que le chanteur ait demandé son second café, un "Niet guttural" fut craché par le serveur. Tout monde se demande pourquoi jusqu’à ce qu’un roadie pose la question. La réponse, qui était normale pour les Soviétiques l’était beaucoup moins pour nos occidentaux. En union soviétique, un règlement disait que c’était un café par touriste et par matin. Le manager commence à bouillir et se lève en braillant qu’il veut voir le responsable. Le patron répète une nouvelle fois le règlement. Après un moment de silence, le chef d’établissement propose des canettes de coca- cola pour que les musiciens aient leur dose de caféine habituelle. Le premier concert aura donc lieu grâce à du coca…  

Scorpions : Le métal derrière le mur de fer

La petite équipe de journalistes, après avoir traversé la ville en bus et à pied, arrive à la salle de concert. Le Lenin Sport Complex. Ce genre de stade avait été construit pour les JO de 1980, une sorte de Bercy pouvant accueillir 25 000 fans de rock. Mais le gouvernement en décide autrement en coupant la salle en deux d’un grand rideau noir. D’un côté, les spectateurs et la scène, de l’autre une grande surprise... Cette surprise, un des journalistes arrive à l’apercevoir grâce à son pass spécial. Une division de soldat russe (2000 hommes) au garde-à-vous présent au cas où leur population se ferait trop pervertir par le puissant rock n’roll. 

Le concert démarre et un groupe de métal russe fait la première partie. Déjà là, une avalanche de distorsion se met à glisser sur les spectateurs de la fosse, l’euphorie démarre. Les Allemands arrivent et commencent déjà leur spectacle qui est décrit comme une grande claque derrière la tête. Au bout de quelques morceaux dont le puissant Blackout, le public se chauffe et réalise pogo, headbang et commence à s’écraser contre la barrière de sécurité. Le groupe, en voyant l’enthousiasme de son public, joue à fond les ballons. Le batteur martyrise ses drums, le chanteur hurle justement, les guitaristes fond cracher les amplis, le bassiste fait presque fondre les armatures de métal. Les soldats trépignent et un petit groupe s’avance. Malheureusement pour lui, un soldat se fait happer par cette grande hélice humaine et est rejeté comme une pantoufle après quelques secondes. L’armée retient le public derrière les barrières et Scorpions est en mode rouleau compresseur. Durant le morceau The Zoo, une lame vole et vient se planter dans la cuisse du bassiste. Il la retire avec la grimace qui déforme son visage puis donne l’objet pointu à un roadie tout en continuant à jouer, époustouflant. Vers la fin du show, les officiels en haut des gradins offrent au groupe une standing ovation. Le concert est fini et après la grande fête d’après-concert où la vodka coule à flots, la plupart de nos journalistes rentrent. Nous n’avons donc pas d’anecdotes précises sur les autres concerts.

Scorpions : Le métal derrière le mur de fer

Suite à tout ça, Motley Crüe jouera en URSS devant 200 000 personnes et Tommy Lee montre son cul à la foule ! Puis en 1991, AC/DC, Metallica, Pantera, The Black Crowes joueront sur la piste d’un aéroport devant 2 millions de spectateurs ! Ça, c'est vraiment le rock mythique qu’on aime tant. 

Tout ça pour dire qu’avec de l’audace et des bollocks, on peut faire des choses grandioses et c’est ça que le rock nous laisse comme moral. En étant toujours poli et avenant, on se fait marcher sur les pieds, retenez cela. 

Maintenant, allez écouter le dernier disque que Scorpions a sorti cette année, il y a de quoi se divertir. N’oubliez pas que le meilleur slow de tous les temps reste Still Loving You et si vous n’avez jamais écouté, je vous invite à aller le faire très vite.

Thomas Hassinger
écrit le mercredi 25 mai 2022 par

Thomas Hassinger

Rédacteur pour Janis, nouveau média 100% musique lancé par LiveTonight

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mis à jour le vendredi 1 juillet 2022

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